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« Riche en protéines » : ce que l'étiquette cache

« Riche en protéines » : ce que l'étiquette cache

Dimanche dernier, chez Brigitte, mon oncle a ressorti sa question rituelle entre le plat et le fromage : « et tes protéines, tu les prends où ? ». J'avais ma réponse toute prête. Je me lève, j'attrape un paquet dans le placard de ma mère, je pointe la mention « riche en protéines » sur l'emballage avec l'air de quelqu'un qui vient de clore le débat. Il a hoché la tête. On est passés au dessert.

Le soir, dans le train, j'ai voulu vérifier ce que cette mention voulait dire, histoire d'être imbattable la prochaine fois. Et j'ai découvert que je venais de sortir une réponse qui ne répondait à rien du tout. Pire : la courgette de mon gratin, celle que personne ne prend au sérieux, a parfaitement le droit de porter cette mention. Le riz complet posé à côté, non. Et c'est le riz qui faisait tout le travail.

Alors autant te le dire tout de suite, parce que c'est typiquement le truc qu'on croit savoir : une étiquette « riche en protéines » ne te dit pas si tu en manges assez. Elle répond à une autre question. On va voir laquelle, pourquoi la courgette gagne un concours qu'elle ne mérite pas, et quoi regarder à la place. À la fin, tu auras un réflexe simple à sortir au prochain repas de famille.

Deux mains retournent un sachet en papier kraft pour en lire le dos, sur un plan de travail en bois clair, à côté d'une tasse en émail, d'un torchon en lin rouille et de deux courgettes fraîches.
Le réflexe qu'on a tous, et que j'ai eu ce dimanche-là : retourner le paquet pour aller voir ce qu'il raconte au dos.

« Riche en protéines », ça veut dire quoi au juste

Ces mentions ne sont pas du marketing libre, elles sont encadrées. Le règlement européen sur les allégations nutritionnelles pose deux paliers. Un aliment est « source de protéines » quand 12 % au moins de sa valeur énergétique vient des protéines. Il devient « riche en protéines » à partir de 20 %.

Relis la phrase, elle est piégeuse. Douze pour cent de l'énergie. Pas douze grammes.

Ça paraît anodin, ça change tout. La mention ne mesure pas ce que l'aliment t'apporte, elle mesure la place que prennent les protéines dans ses propres calories. C'est un rapport de l'aliment avec lui-même, pas avec ton assiette. Et il y a une conséquence assez drôle quand on y pense : moins un aliment est calorique, plus il lui est facile de décrocher la mention. Un légume gorgé d'eau y arrive sans forcer. Une céréale bourrée d'amidon, jamais.

La courgette gagne, le riz complet est recalé

Les chiffres qui suivent viennent de la table CIQUAL de l'ANSES, la référence française de composition des aliments. Je les ai pris tels quels.

La courgette cuite, c'est 0,93 g de protéines pour 15,5 kcal aux 100 g. Fais le calcul : 24 % de sa valeur énergétique. Elle passe le seuil de 20 %, elle est officiellement riche en protéines.

Le riz complet cuit, c'est 3,87 g de protéines pour 187 kcal. Soit 8,3 %. Il ne franchit même pas le premier palier : il n'a droit à aucune mention.

Maintenant sers-toi une vraie assiette.

Un grand saladier en grès crème débordant de rondelles de courgettes cuites, posé à côté d'un petit bol sombre contenant une modeste portion de riz complet, sur une table en bois blanchi.
À gauche, ce que l'étiquetage appelle « riche en protéines ». À droite, le riz complet, recalé avant même le premier seuil. C'est pourtant le petit bol qui en apporte le plus.

Voilà pourquoi mon petit numéro du dimanche ne valait rien. Ce qui était écrit sur le paquet n'était pas faux. C'était juste à côté de la plaque.

Le tableau qui m'a fait tiquer

J'ai repris la même table et j'ai mis les deux chiffres côte à côte : celui qui décide de la mention, et celui qui atterrit vraiment dans l'assiette. Les portions sont celles que je sers chez moi, pas des portions de laboratoire.

Aliment% de la valeur énergétiqueMention autoriséeMa portionProtéines réelles
Épinards cuits48,1 %riche en protéines150 g5,1 g
Tofu nature36,5 %riche en protéines100 g13,4 g
Courgette cuite24,0 %riche en protéines200 g1,9 g
Noix de cajou11,3 %aucune30 g5,2 g
Riz complet cuit8,3 %aucune180 g7,0 g

Valeurs CIQUAL 2025 (ANSES). Le pourcentage se calcule en multipliant les protéines par 4 kcal, puis en divisant par l'énergie totale. Seuils fixés par le règlement européen (CE) no 1924/2006.

Lis la colonne de gauche, puis celle de droite. Elles ne racontent pas la même histoire.

Les épinards dominent le classement avec 48,1 %, devant le tofu. Sauf que 150 g d'épinards cuits, ce qui fait déjà un beau tas dans l'assiette, te donnent 5,1 g. À peine moins qu'une poignée de noix de cajou, qui n'a droit à rien du tout.

La noix de cajou est d'ailleurs le cas le plus injuste du lot. Elle contient 17,4 g de protéines aux 100 g, une densité que peu d'aliments végétaux atteignent, et elle se fait recaler quand même. Son crime ? Être grasse. Ses lipides gonflent tellement le total calorique que les protéines s'y noient. Elle est déclassée pour une raison qui n'a rien à voir avec ses protéines.

Dans tout ce tableau, un seul aliment gagne sur les deux colonnes à la fois : le tofu. Et ça, aucune étiquette ne te le dira, parce qu'aucune étiquette ne compare deux produits entre eux.

Tranches épaisses de tofu ferme blanc crème disposées sur une planche en bois brut, avec un bol de graines de soja, un ramequin de sauce soja et des brins de coriandre fraîche.
Le tofu, lui, gagne sur les deux colonnes à la fois. C'est assez rare pour le signaler.

Et si tu veux le chiffre exact

Cet article te donne le décodeur des étiquettes, et je t'explique juste après sur quoi se joue ton besoin. Ce qu'il ne te donne pas, c'est le calcul précis en grammes ni le plan des assiettes sur quatre semaines. C'est exactement ce que couvre le guide Protéines végétales de MonCoachGourmand, écrit par Germain Gravot, docteur en pharmacie diplômé en micronutrition.

Couverture du guide Protéines végétales de MonCoachGourmand, par Germain Gravot
Guide Protéines végétales, sortie le 31 août 2026.

Dedans : comment calculer ton besoin quotidien en grammes selon ton poids et ton activité, la « méthode des duos complets » pour associer les familles d'aliments, et 4 semaines d'assiettes, soit 28 journées composées et 28 recettes avec les quantités.

Si tu n'achètes jamais ce guide, le tableau plus haut reste vrai et te servira quand même. C'était le but.

Ce que l'étiquette ne saura jamais de toi

Tu sais déjà cuisiner végétal. Tu n'as pas besoin qu'on t'explique de manger des lentilles, et je ne vais pas te faire le coup du « pensez à varier ». Mais quand ton oncle repose sa question, ou quand tu regardes ton assiette un soir de flemme en te disant qu'elle fait un peu légère, ce que tu cherches c'est un chiffre. Pas une mention sur un paquet.

Et une étiquette ne peut structurellement pas te le donner. Elle ne connaît ni ton poids ni ton activité, donc elle ignore si ton besoin tourne autour de 45 g ou de 110 g par jour. Elle raisonne aux 100 g, alors que personne ne pèse 100 g de noix de cajou. Et elle ne voit qu'un ingrédient, jamais l'assiette entière, alors que les protéines végétales se jouent justement sur l'assemblage.

Ce qui répond vraiment à la question tient en deux choses, et aucune ne se lit sur un emballage.

Un chiffre qui est le tien. Ton besoin dépend de ton poids et de ce que tu fais de tes journées. Il grimpe nettement si tu t'entraînes sérieusement. Il se calcule. Une fois que tu l'as en tête, chaque repas devient lisible : tu ne te demandes plus si ton assiette est « assez protéinée », tu sais ce qu'elle apporte et ce qu'il te reste à couvrir.

Une règle d'association. Les protéines végétales sont souvent dites « incomplètes », ce qui est vrai et beaucoup moins grave qu'il n'y paraît. Il manque aux légumineuses un acide aminé que les céréales ont en réserve, et il manque aux céréales celui que les légumineuses ont en stock. Chacune bouche le trou de l'autre. Le point qui libère vraiment, c'est que ça se joue sur la journée et pas sur la bouchée. Tu n'as aucune obligation de mettre le riz et les lentilles dans la même casserole. Des pois chiches à midi et de la semoule complète le soir, ça marche pareil.

Vue du dessus de plusieurs bols de lentilles crues, corail orange, vertes du Puy et brunes, autour d'une cocotte en fonte de lentilles mijotées aux dés de carotte, sur une table en bois blanchi.
Corail, vertes du Puy, brunes : elles font le travail sans avoir jamais eu besoin d'une mention sur l'emballage.

Si tu veux des aliments qui gagnent sur les deux tableaux comme le tofu, j'ai détaillé le tempeh, le seitan maison et la protéine de soja texturée, mes trois valeurs sûres de la semaine.

💡 Astuce de Chloé : avant de te demander si un aliment est « riche en protéines », pose-toi la seule question qui compte : combien de grammes cette portion-là va m'apporter ? Deux ou trois repères en tête suffisent à tenir une journée. Chez moi c'est le tofu (13 g pour 100 g) et les lentilles (15 g pour une belle portion). Les pourcentages, tu peux les oublier.

FAQ : les mentions « protéines » sur les emballages

« Riche en protéines », ça veut dire quoi exactement ?

Que 20 % au moins de la valeur énergétique de l'aliment vient des protéines. C'est un rapport, pas une quantité : le règlement européen ne fixe aucun minimum en grammes. Un aliment très peu calorique peut donc décrocher la mention avec très peu de protéines dedans.

Quelle différence avec « source de protéines » ?

Une histoire de seuil. « Source de protéines » démarre à 12 % de la valeur énergétique, « riche en protéines » à 20 %. Les deux raisonnent en pourcentage de calories, jamais en grammes par portion.

La courgette est vraiment riche en protéines ?

Au sens de l'étiquetage, oui, et ça surprend tout le monde. La courgette cuite est à 24 % de sa valeur énergétique. Mais 200 g dans ton assiette, ça fait 1,9 g de protéines. Autant dire rien du tout sur une journée.

Pourquoi le riz complet n'a droit à aucune mention ?

Parce que son amidon apporte beaucoup de calories, ce qui écrase la part des protéines dans le total : 8,3 %, sous le premier seuil. Une portion de 180 g en apporte pourtant 7 g, soit près de quatre fois plus que la courgette.

Alors je regarde quoi, si je ne peux pas me fier à l'étiquette ?

Les grammes de ta portion réelle, pas le pourcentage. Et ton besoin à toi, en grammes par jour, qui dépend de ton poids et de ton activité. L'étiquette compare un aliment à lui-même : elle ne te connaît pas et ne voit pas ton assiette.

Il faut associer céréales et légumineuses à chaque repas ?

Non, et c'est une bonne nouvelle. Ce qui compte, c'est la journée, pas la bouchée. Des pois chiches au déjeuner et de la semoule complète au dîner font le même travail qu'un plat qui mélange les deux.

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