Le dimanche matin, quand Julien revient de sa virée photo à la Croix-Rousse les bras chargés de poivrons rouges et jaunes encore tièdes de soleil, je sais déjà ce qu'on va manger. Une shakshuka. Ce plat tunisien de tomates et de poivrons mijotés, où l'on vient nicher des œufs au creux de la sauce, c'est mon réflexe brunch dès qu'il fait beau. Sauf que chez moi, les œufs ont laissé la place à un tofu brouillé doré, parfumé, qui fait exactement le même effet. Miso tourne autour de la poêle en miaulant, persuadé qu'on a oublié sa part. Aujourd'hui je te donne ma version, celle qui met tout le monde d'accord autour de la table : une sauce fumée et généreuse, des nids de tofu fondants, et du bon pain pour tout saucer. Tu vas voir, c'est simple, convivial et terriblement gourmand.
Le tofu brouillé qui remplace les œufs sans tricher
C'est le cœur de cette recette, alors autant le réussir. L'idée n'est pas de cacher le tofu, mais de lui donner le rôle des œufs brouillés : des petits nids dorés et fondants au milieu de la sauce. Pour ça, j'émiette le tofu ferme à la main, en gros morceaux irréguliers. Surtout pas au robot, on veut de la texture, pas de la purée.
Ensuite, deux ingrédients font toute la magie. Le curcuma, d'abord, qui donne au tofu cette couleur dorée si caractéristique. La levure maltée, ensuite, qui apporte ce petit goût rond et savoureux qui rappelle l'omelette du dimanche. Je fais revenir le tout à la poêle quelques minutes, jusqu'à ce que le tofu accroche légèrement et dore sur les bords.
Et pour les jours où je veux pousser l'illusion encore plus loin, je garde mon arme secrète pour la fin : une pincée de sel noir kala namak. Ce sel à la note soufrée évoque le jaune d'œuf de façon bluffante. Tes invités vont te demander comment tu as fait.

Une sauce tomate-poivron mijotée et parfumée
Pendant que le tofu repose, on s'attaque à la base. C'est elle qui porte tout le caractère de la shakshuka. Je fais d'abord fondre l'oignon et les poivrons en lanières dans l'huile d'olive, à feu moyen, sans les presser. Ils doivent devenir tendres et légèrement confits, presque sucrés. C'est là que naît la douceur du plat.
Vient ensuite le moment décisif : les épices. J'ajoute le concentré de tomate, le paprika fumé, le cumin et, pour les amateurs de piquant, une pointe de harissa. Je les laisse pincer une minute dans la poêle pour qu'elles libèrent tout leur parfum. Cette étape change tout : des épices simplement noyées dans la sauce restent fades, alors que des épices saisies dégagent un arôme profond et fumé.
Enfin, je verse les tomates concassées et je laisse mijoter tranquillement. La sauce épaissit, se concentre, et toute la cuisine se met à sentir le sud. C'est ce parfum qui fait rappliquer Julien dans la cuisine, l'appareil photo à la main.

Le geste signature : creuser des puits pour le tofu
On arrive au moment que je préfère, celui qui fait toujours son petit effet quand on apporte la poêle à table. Une fois la sauce bien mijotée, je creuse quatre petits puits avec le dos d'une cuillère, exactement comme on le ferait pour y casser des œufs. Puis je dépose le tofu brouillé doré au creux de chaque nid.
Je couvre et je laisse réchauffer quelques minutes à feu doux. Le tofu s'imprègne de la sauce, s'attendrit, et prend ce côté fondant qui contraste avec le moelleux des légumes. Visuellement, c'est superbe : les petits nids dorés tranchent sur le rouge profond de la sauce, parsemés de coriandre verte.
C'est ce dressage qui fait toute la différence entre une simple poêlée et une vraie shakshuka. On garde le geste, le plaisir de venir piocher dans la poêle commune, et cet esprit de partage qui rend le plat si convivial.

Avec quoi servir cette shakshuka vegan
Une shakshuka se mange à la cuillère et au pain, directement dans la poêle posée au centre de la table. C'est tout l'esprit du plat. Je sors une grosse miche de pain de campagne ou des pains pita légèrement grillés, et chacun vient saucer cette sauce fumée à volonté. Pour un brunch complet, j'ajoute souvent quelques olives, un peu de houmous et une salade de crudités à côté.
C'est aussi un plat caméléon selon le moment de la journée. Au brunch du week-end, il fait sensation servi avec un café et des fruits frais. Le soir, il devient un dîner réconfortant et complet, surtout si tu l'accompagnes d'un peu de boulgour ou de semoule. Chez Brigitte, ma mère longtemps sceptique face à ma cuisine végétale, c'est devenu le plat qu'elle réclame dès qu'elle débarque à Lyon un dimanche. Elle qui jurait qu'on ne pouvait pas faire de shakshuka sans œufs a fini par adopter mes petits nids de tofu.
Conservation et préparation à l'avance
Bonne nouvelle pour les brunchs sans stress : la sauce de la shakshuka se prépare très bien à l'avance. Je la cuisine souvent la veille, je la garde au frais dans une boîte hermétique, et elle n'en est que meilleure le lendemain, une fois que les saveurs ont eu le temps de se marier. Garde simplement le tofu brouillé à part et réchauffe le tout au dernier moment.
Une fois assemblée, la shakshuka se conserve 2 à 3 jours au réfrigérateur. Réchauffe-la doucement à la poêle, en ajoutant un filet d'eau si la sauce a trop réduit. Je te déconseille en revanche la congélation : les poivrons et le tofu ressortent un peu mous après décongélation, et tu perds cette belle texture qui fait tout le charme du plat.
💡 Astuce de Chloé : si ta sauce te semble un peu acide, ajoute une demi-cuillère à café de sucre complet ou de sirop d'agave en fin de cuisson. Ça arrondit l'acidité des tomates en boîte sans sucrer le plat, et ça révèle le côté fumé du paprika. C'est le petit réglage qui fait passer la sauce de bonne à mémorable.
Alors la prochaine fois qu'un dimanche ensoleillé pointe le bout de son nez, attrape de beaux poivrons, un bloc de tofu et ta plus grande poêle. Pose-la au milieu de la table, distribue le pain, et laisse chacun saucer. Cette shakshuka vegan au tofu brouillé a tout pour devenir ton nouveau réflexe brunch, généreux, coloré et fait pour être partagé.




